20/11/2007

La corrida.

La corrida 
I 
Sous un soleil de plomb, qui cruellement dore 
La «Plaza de toros», que la chaleur rend floue 
Combien de toreros combien de matadors, 
Comme dans une église s'y sont mis à genoux ? 
Les guichets sont fermés, et l'on entend déjà 
Une sourde clameur s'élevant vers les nues 
Certains se sont privés pour voir la corrida, 
Attirés malgré eux par le fruit défendu. 
Et les « Aficionados» et le simple public, 
D'un même élan de joie se mêleront ensemble 
Pour hurler des olés puissants et électriques 
Envahissant l'arène d'une musique étrange. 
Les portes s'ouvrent ! une marée humaine, 
En une seule vague pénètre dans l'arène 
L'atmosphère est chargée d'une force invisible 
À la fois rassurante, et à la fois terrible. 
Et petit à petit les gradins se remplissent 
Tandis que la fanfare, joue ses premiers accords 
Dans les corrals les taureaux d'impatience mugissent, 
Sachant qu'ils vont jouer leur vie face au matador. 
La chaleur écrasante, énerve les chevaux 
Qui contre les barrières projettent leurs ruades 
Les « Picadors» inquiets, épongent leurs naseaux 
En leur tenant le mors, évitant qu'ils ne cabrent. 
Et les toreros dans un coin de l'arène 
Les yeux rivés sur le sol poussiéreux, 
Attendent patiemment le moment solennel 
Le moment où enfin, en véritables dieux ! 
Ils iront affronter les bêtes redoutables 
Encouragés par la foule en délire 
Ils combattront ainsi, jusques à l'estocade 
Que seul le matador, de l'instant peut choisir. 
Le «Paséo» commence, la «Cuadrilla» s'avance 
II 
Matadors toreros, et banderilleros 
À leur vue l'assemblée rentre en transe 
Ils vont tous défiler, sous des flots de bravos. 
L'ovation du public fait trembler les murailles, 
Et la fanfare joue des airs endiablés 
Rien ne manque à la fête et c'est toute l'Espagne 
Qui vibre à l'unisson, dans ce temple sacré! 
Les habits de lumière éblouissent les yeux 
Et cette versicolore orgie éclabousse, 
De ses puissantes teintes la terre et les cieux; 
Palette de nuances à la fois fortes et douces. 
Et des gerbes de fleurs jaillissent des tribunes 
Formidable Maelström, aux remous monstrueux 
Cette pluie végétale soudain forme une brume 
Faisant disparaître, l'astre du jour des cieux! 
La «Cuadrilla» s' éloigne, et le public en liesse 
Redouble de bravos et trépigne des pieds 
Un bruit assourdissant se propage et se presse, 
Dans les tribunes incroyablement survoltées. 
Et puis les portes s'ouvrent le «Paséo» s'efface, 
Et comme une accalmie après une tempête 
La fureur du public, soudain laisse la place 
À une légère rumeur extrêmement quiète. 
Mais lorsque le taureau est lâché dans l'arène, 
Cette clameur éteinte, que l'on croyait ancienne 
Renaît avec passion et va s'amplifiant 
Tel un tsunami ivre, naissant dans l'océan! 
Six cent kilos de muscles traversent la «Plaza» 
Six cent kilos d'audace et de rage guerrière 
Le taureau se prépare à livrer son combat, 
Même s'il sait d'avance qu'il mordra la poussière. 
Mais peut-être aujourd'hui, aura-t'il de la chance? 
Et au tréfond de son âme une lueur d'espoir 
S'ébauche lentement, embryon d'espérance 
Lui donnant le courage et la force d'y croire. 
III 
Ô superbe taureau tes douleurs sont les miennes 
Je sais que tu as peur, tu ne veux pas mourir 
Tu penses à tes semblables à tes lointaines plaines, 
Qui t'appellent sans cesse à leurs chers souvenirs. 
Tu ne brouteras plus l'herbe grasse des prés 
Et tu ne verras plus, tous ceux que tu as aimé 
Tu ne boiras plus la fraîche eau des rivières 
Où tu marchais souvent, tranquille et solitaire. 
Tu ne sentiras plus souffler le vent léger 
Dans lequel tu humais, tant d'odeurs familières 
Tu ne passeras plus la porte du toril, 
Où t'attendait chaque soir ta moelleuse litière. 
Cela est bien cruel! et comme je te plains! 
Soudain dans l'arène les «Capéadors rentrent, 
Une «Muleta» sang et or saisie à pleine main 
Ils avancent vers le fauve d'une démarche lente 
Sans aucun geste brusque passablement sereins. 
La masse imposante les regarde approcher 
Tandis que le public, d'un seul coup fait silence 
On sent comme un malaise, car des regards inquiets 
Semblent se propager partout dans l'assistance. 
L'avancée continue à petits pas feutrés, 
Encore quelques mètres le choc est imminent! 
Le suspense est terrible! qui donc va commencer? 
Du public des voix fusent: Le taureau sûrement! 
Mais rien ne se produit il est trop tôt encore 
Et le jeune animal semblant peu combatif 
S'obstine à éviter tous ces «capéadors», 
Qui vainement excitent ce taureau si rétif. 
Ils ne comprennent pas un tel comportement? 
D'habitude la bête, fonce sans crier gare! 
Ils n'en croient pas leurs yeux! cela est effarant! 
Vivront-ils aujourd'hui, un affreux cauchemar? 
Mais subitement l'animal réfractaire 
Tel un fauve traqué, jaillit de son repaire 
IV 
Animé d'une fougue extrêmement violente 
Fait voler la poussière des ses cornes puissantes. 
Surpris les «Capéadors» reculent tous d'un pas,  
Leur visage exprimant une certaine crainte 
L'un d'eux fait machinalement le signe de croix 
Preuve que sa frayeur, n'est pas tout à fait feinte. 
Les assauts du taureau, nombreux impressionnants 
Induisent des olés d'un public hystérique 
Vraiment cela ressemble étrangement, 
À un film catastrophe où règne la panique! 
Et cette fourmilière avec ses milliers d'âmes, 
D'une même passion brûle à la même flamme. 
Que ce soit: Barcelone Séville ou Grenade, 
La corrida joue toujours la même sérénade! 
Les «Capéadors» sortent et les «Picadors» rentrent 
Ils montent des chevaux ressemblant à des chars, 
Mais leur caparaçon, armure vacillante 
N'est qu'un piètre rempart, chimérique illusoire. 
Et cet harnachement souvent les rend fragiles 
Car leurs déplacements sont lents et difficiles 
Et lorsque le taureau parfois les éperonne, 
Ils ne peuvent rien faire contre ses coups de cornes. 
Des cornes soulevant monture et cavalier 
Mues par une force jusqu'alors étouffée 
Une force inouïe qui n'était pas visible, 
Jusqu'à ce qu'elle n'atteigne la malheureuse cible. 
Le premier «Picador» s'appelle antonio, 
Et cela fait trente ans qu'il pique les taureaux! 
Enfant déjà il rêvait au titre suprême 
Être un jour matador, seul maître dans l'arène! 
Mais le destin en décida autrement 
Un jour d'orage il tomba d'une échelle 
Son rêve se brisa, puis mourut lentement 
Oh! maudit jour d'orage implacable et cruel! 
Le second porte le doux prénom d'angelo, 
V 
Et il manie avec art et brio la «Pica» 
Il connaît le point précis où se situe le garrot, 
Et infailliblement c'est toujours là qu'il pique. 
Encerclant l'animal, sans précipitation 
Ils étudient ses gestes ses moindres réactions 
Les chevaux étourdis par la chaleur torride, 
Tirent nerveusement sur leur gênante bride. 
Antonio est inquiet il sait très bien pourquoi 
D'habitude sûr de lui il garde son sang froid 
Aujourd'hui tout son être frissonne, 
Car l'énorme taureau, malgré lui l'impressionne! 
Dans sa longue carrière il n'en a vu que deux! 
De ces tueurs vous regardant fixement dans les yeux 
Ce sont les plus féroces et les plus meurtriers 
Ils sont intelligents, ils sont nés pour tuer! 
Alors antonio doucement se retourne 
Et d'un geste furtif, fait signe a son ami 
Sentant que la menace est de plus en plus lourde, 
Il prie pour qu'angelo d'un seul coup l'ait compris. 
Soulagé qu'angelo d'un clin d'oeil lui réponde, 
Avec empressement ils sortent de la ronde 
Et sachant qu'ils devront combattre habilement 
Du combat à venir, ils élaborent un plan. 
Il faudra contourner la bête par l'arrière 
Pour que sa vigilance en soit influencée 
Et au dernier moment prendre un autre repère, 
Espérant que ce leurre lui fera perdre pied. 
C'est à ce moment là que nous la piquerons 
Avec rapidité courage et précision 
Il faut coûte que coûte ralentir l'animal, 
Pour éviter les mailles de son piège infernal. 
Ainsi parla antonio du plan de la bataille. 
Le public est ravi car les deux «Picadors» 
Avec maestria piquent et repiquent encor 
Pendant que le taureau fou de rage mugit; 
VI 
Antonio et angelo se retirent sans bruit. 
Mais déjà là-bas tout au fond de l'arène, 
Les banderilleros que la crainte enchaîne 
S'approchent prudemment du furieux animal 
Tels de peureux oiseaux face à l'épouvantail 
Ne pouvant approcher du fruit ou du blé mûr 
Contraints à prospecter, d'autres endroits plus sûrs. 
Mais petit à petit, la crainte s'évapore 
Le «Tercio de banderillas» peut commencer 
Sous les yeux attentifs du roi le matador, 
Pouvant à tout instant le taureau toréer. 
Une paire de banderilles se plante, 
Dans le «Morillo» qui commence à saigner 
De «Poder à Poder» précision fulgurante 
Faisant baisser la tête de l'animal blessé. 
Et le pauvre taureau, s'éteint très lentement 
À petit feu dans d'horribles souffrances 
Dans ces conditions là il est bien évident, 
Que face au matador, il n'ait aucune chance! 
Ce n'est que le début de l'affreuse agonie 
Car d'autres banderilles se plantent dans les os 
N'ayant pas pu atteindre l'endroit précis, 
Maudit «Al quiebro», et infâme «Al sesgo»! 
Mais l'animal est fier et malgré sa faiblesse 
Imperceptiblement, sa tête se redresse 
Et rassemblant ses dernières vigueurs, 
D'un puissant coup de cornes donné avec fureur 
Projette dans les airs un banderillero 
Lequel en retombant, se brise quelques os. 
Une jambe est touchée mais ce n'est pas méchant! 
Par contre et c'est cela qui est le plus inquiétant 
Une large plaie s'ouvre sur son bas ventre 
Et d'où le sang à flots, jaillit abondamment. 
Partout dans les gradins, les gens se sont levés! 
Impuissants ils regardent: Hagards horrifiés 
Cet homme dont les cris, expriment l'épouvante 
Cette pauvre victime, sanglante et pantelante. 
Aujourd'hui il n'y aura pas de mise à mort! 
Même si le banderillero par miracle s'en sort 
Et pedro le plus grand matador d'Espagne, 
Priera pour son ami ses enfants et sa femme! 
Et demain aux premières lueurs du jour, 
Comme aux premiers instants d'un rendez-vous d'amour 
Poussé par la passion de la tauromachie, 
Il ira retrouver, les taureaux ses amis! 
Éric Malpas © 

15:13 Écrit par Po dans Mes poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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